/Revue de presse/ Les Echos : Malaise à gauche autour d’une marche contre l’islamophobie



Publié le dimanche 10 novembre 2019

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Article du 9 novembre 2019 

Malaise à gauche autour d’une marche contre l’islamophobie

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Comme de coutume, le débat sur la laïcité divise la gauche, et c’est cette fois autour d’une marche contre l’islamophobie, organisée dimanche à Paris, que les tensions se sont cristallisées.

Au moment où les thèmes inflammables du voile, de la laïcité ou du communautarisme font de nouveau l’actualité, une tribune publiée dans « Libération » le 1er novembre dernier a en effet mis le feu aux poudres.

Signé par de nombreux responsables politiques et personnalités, cet appel à dire « stop à l’islamophobie » fait polémique en raison de certains de ses termes (notamment l’évocation de « lois ou projets de lois liberticides » pour les musulmans). L’identité de certains de ses initiateurs comme le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), accusé de liens avec les Frères musulmans, suscite également la controverse.

Au fil des jours, le malaise est devenu palpable à gauche de l’échiquier politique. Après s’être réuni en bureau national, le PS a indiqué que ses responsables ne se rendraient pas à la manifestation, le parti ne se « reconnaissant pas dans les mots d’ordre qui présentent les lois laïques en vigueur comme ‘liberticides’».

Même son de cloche du côté du Parti radical de gauche (PRG), dont le président Guillaume Lacroix a critiqué la « jonction antirépublicaine du politique et du religieux ». De son côté, Manuel Valls (ex-PS) a fustigé « la gauche du renoncement, de l’abandon et de la honte ».

Dans le viseur de l’ancien Premier ministre, les signataires de la tribune, parmi lesquels Yannick Jadot (EELV), Benoît Hamon (Génération. s), Ian Brossat (PCF) ou encore Jean-Luc Mélenchon (LFI).

Devant la controverse suscitée par cette initiative, certains responsables, bien qu’ayant apposé leur signature en bas du texte, ont pris leurs distances avec la manifestation. Yannick Jadot a ainsi indiqué « ne pas valider l’ensemble du texte », contestant par exemple l’existence d’« un racisme d’Etat dans notre pays », et ne sera finalement pas présent dimanche. Du côté du PCF, Ian Brossat défilera bien à Paris, mais pas le secrétaire national Fabien Roussel, qui a exprimé sa circonspection vis-à-vis du texte.

A la gauche de la gauche, la gêne a également gagné les rangs de la France Insoumise, dont le leader Jean-Luc Mélenchon a maintenu sa position. « Pour ma part je signe un texte pour ce qu’il y a dans le texte et pas en raison de ceux dont je découvre ensuite qu’ils l’ont également signé », a-t-il déclaré. Le député LFI Alexis Corbière, lui, a reconnu qu’il pensait que « la Ligue des droits de l’homme était à l’initiative de la démarche », mais a maintenu néanmoins sa présence à la manifestation. Son homologue François Ruffin, de son côté, manquera l’évènement pour cause de… match de foot, quand un autre parlementaire, Adrien Quatennens, n’ira pas pour « raisons personnelles ».

Pour Djordje Kuzmanovic, qui avait claqué la porte de LFI en 2018 afin de fonder le mouvement République souveraine, Jean-Luc Mélenchon entérine la victoire dans le mouvement « de la gauche à l’anglo-saxonne, multiculturaliste, qui n’hésite pas à mêler religion et politique ».

« Mélenchon avait à juste titre dit qu’il fallait arrêter de parler du voile parce que ça cachait les vrais débats sur la répartition des richesses. Mais là, en signant, il remet une pièce dans la machine », a-t-il regretté.

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