Les Radicaux aveyronnais ont célébré « les 100 ans de Robert Fabre » en présence de Sylvia Pinel



Publié le jeudi 14 janvier 2016

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Les Radicaux de gauche aveyronnais ont organisé le samedi 11 juin une journée hommage pour les « 100 ans de Robert Fabre » au théâtre municipal de Villefranche de Rouergue.
Cet homme politique d’exception a marqué profondément le territoire villefranchois et l’Aveyron et plus largement la vie politique française.

Cette journée hommage s’est déroulée en plusieurs étapes :

De 10h à 12h était présentée une exposition sur la vie de Robert Fabre.

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A 16h, une table ronde animée par Eric Cantournet et Jean-Sébastien Orcibal, responsables du cercle PRG Villefranchois, avec de nombreuses personnalités, rendait hommage à Robert Fabre, l’homme politique local.

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A 18h se tenait une Conférence de Samuel Deguara, Secrétaire général du groupe RDSE, auteur du livre « Robert Fabre, un radical sous la Vème République »,  sur l’homme politique national.

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Enfin, la présidente du PRG, Sylvia Pinel, est intervenue pour rappeler l’illustre radical que fut Robert Fabre et sa place singulière dans l’histoire de la République.

 

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  • Retrouvez ci dessous le discours de Sylvia Pinel :

SAMEDI 11 JUIN 2016

VILLEFRANCHE DE ROUERGUE

CEREMONIE D’HOMMAGE A ROBERT FABRE

Discours de Sylvia Pinel

« Bonsoir à toutes et à tous,

C’est un réel plaisir d’être parmi vous aujourd’hui pour cette cérémonie d’hommage à Robert Fabre, pour célébrer les 100 ans de sa naissance.

Je veux remercier la fédération de l’Aveyron pour son invitation et pour avoir pris l’initiative d’organiser un tel évènement. Merci également aux proches et à la famille de Robert Fabre qui y ont largement contribué en mettant à disposition leurs archives familiales. Merci enfin à tous les élus, militants et simples citoyens présents dans la salle.

Je suis très heureuse d’être à nouveau à Villefranche de Rouergue quelques jours après y être venue en tant que Vice-Présidente de notre région. C’est toujours un plaisir pour moi de venir dans ce département que je connais bien.

Robert Fabre a, vous le savez, une place particulière dans ma famille ou plutôt dans mes familles : famille aveyronnaise et famille politique.

Et c’est d’abord de l’homme de Villefranche dont je veux vous parler.

J’ai été élevée dans une famille aveyronnaise et dans l’idée que le pharmacien de Villefranche de Rouergue était un modèle, une voix qu’il fallait écouter et respecter, et surtout qu’il fallait s’inspirer des valeurs et des convictions qu’il portait dans sa propre vie et dans son propre engagement.

J’ai quelques souvenirs personnels que j’aimerais vous faire partager.

Après mon élection législative en 2007, ma grand-mère Lapanouse m’a offert un livre qu’elle avait souhaité se faire dédicacer par Robert Fabre « Quelques baies de Genièvre » en me disant que je devais avoir la même droiture et le même courage que le pharmacien de Villefranche de Rouergue…

Et dès les premières pages, le lien entre cette grande figure du radicalisme et mon histoire personnelle allait se prolonger puisque Robert Fabre raconte un échange qu’il avait eu avec François Mitterrand alors Premier secrétaire du PS, concernant les Elections sénatoriales partielles en Tarn-et-Garonne en 1975 entre un dissident socialiste Louis Delmas et mon oncle Pierre Tajan. Il aura fallu 2 tours à Pierrot pour finalement l’emporter…

Mais ce lien a continué puisque lorsque je travaillais avec Jean-Michel Baylet, celui-ci me disait souvent qu’il avait eu deux pères en politique, Maurice Faure et Robert Fabre.

Vous comprenez donc que je puisse ressentir une certaine proximité avec cette grande figure incontournable du radicalisme et même une certaine émotion…

Emotion d’être aujourd’hui la présidente de ce parti qui a vu tant de grands hommes le diriger et qui a eu comme président fondateur du MRG un certain Robert Fabre…

C’est donc pour toutes ces raisons, pour l’homme politique, pour sa personnalité attachante, et son attachement viscéral à son Rouergue que je tenais à être présente aujourd’hui pour lui rendre l’hommage qu’il mérite.

Robert Fabre a eu un parcours politique riche et complexe.

Mais il y a 3 éléments qui peuvent le caractériser :

D’abord, L’homme profondément attaché à sa terre Aveyronnaise et Villefranche de Rouergue en particulier.

Un homme de terrain, de dialogue, très proche de ses concitoyens, toujours prêt à échanger avec eux à la mairie ou à la pharmacie.

De nombreuses réalisations ont marqué Villefranche de Rouergue et portent encore aujourd’hui son empreinte.

Il avait une véritable vision de l’aménagement de sa commune et volonté d’améliorer concrètement le quotidien de ses administrés.

Les exemples sont nombreux mais la création et l’aménagement de la ZAC du Tricot, la construction de logements sociaux, les projets en matière économique comme la Zone Industrielle, les abattoirs, le foirail de la Madeleine, le camping ou le soutien aux entreprises locales ont métamorphosé le visage de Villefranche de Rouergue.

Mais parler des réalisations de Robert Fabre sans parler de ses priorités, la jeunesse et l’éducation, serait incomplet.

En effet, Robert Fabre, fervent défenseur de l’école de la République, a œuvré sans relâche pour construire de nombreuses écoles maternelles et primaires et pour donner du sens à la fraternité et à la cohésion sociale avec les équipements sportifs comme la piscine ;

Robert Fabre a su moderniser sa ville pour la rendre attractive et pour faire en sorte que ses habitants y vivent bien et s’y sentent bien.

 

Robert Fabre c’est aussi un homme qui avait une haute idée de l’engagement politique et qui avait le sens des responsabilités.

Il aurait pu par ambition réclamer bien plus et obtenir davantage de postes ou de distinctions, mais conscient de la mission qui était la sienne, il n’est jamais tombé dans ce travers et a toujours fait preuve de courage et de responsabilité.

C’est au moment de l’éclatement du Parti Radical que Robert Fabre apparaît dans le paysage national.

Jean-Jacques Servan-Schreiber qui refusait l’union avec les communistes voulue par François Mitterrand ralliait les centristes de Jean Lecanuet.

C’était donc le temps de la rupture dans la maison radicale qui allait se scinder en deux.

C’est à cette époque que les partisans d’une alliance avec la gauche créent le Groupement d’études et d’action radical-socialiste qui deviendra ensuite le MRG, puis le PRG.

Maurice Faure et d’autres soutiennent la candidature de Robert Fabre à la présidence de ce nouveau parti.

 

C’est donc Robert Fabre qui ancre le radicalisme dans son courant historique : la Gauche.

Et il était profondément attaché à l’unité de celle-ci car il savait et il avait compris avant beaucoup d’autres que c’était dans le rassemblement qu’on pouvait gagner.

Robert Fabre devient donc à ce moment-là le 3ème Homme de l’union de la Gauche aux côtés de François Mitterrand et de Georges Marchais. Et c’est incontestablement cela qui restera l’évènement marquant de sa vie politique.

Il s’engage avec volonté dans cette démarche tout en restant fidèle à ses convictions et à l’idéal radical.

C’est ainsi que dans le programme commun plusieurs annexes font mention des divergences voire des oppositions exprimées par les radicaux, les fameux codicilles !

Robert Fabre est bien celui qui a affirmé l’identité radicale dans la gauche.

Ce choix était audacieux dans le contexte de l’époque et au vu de la position centriste des radicaux de s’unir aux socialistes et encore plus, bien sûr aux communistes ;

Mais il l’a fait. Il l’a fait dans l’intérêt du radicalisme ; Il l’a fait dans l’intérêt de la gauche. Il l’a fait dans l’intérêt de la France.

Il savait que la gauche devait s’unir pour avoir une chance d’exercer le pouvoir dans cette Vème république qu’il n’aimait guère.

Mais c’est aussi un vrai radical, indépendant qui veut que son parti soit respecté, entendu et considéré pour les valeurs qu’il porte et pour les propositions qu’il formule.

C’est dans le même esprit de responsabilité et de courage qu’il fait entendre la voix, les préconisations et même les oppositions des radicaux.

Lui le débatteur, l’excellent orateur a laissé le souvenir de belles passes d’armes médiatiques en annonçant au 20 heures à Georges Marchais l’échec de l’actualisation du programme commun.

Ou bien encore en annonçant depuis Villefranche de Rouergue la rupture de l’union de la Gauche en osant tenir tête à François Mitterrand et à Georges Marchais face aux surenchères programmatiques des communistes.

Ces décisions de l’union ou de la rupture ont été des décisions difficiles mais courageuses et nécessaires. Elles doivent encore aujourd’hui continuer à nous guider…

 

 

Robert Fabre c’est aussi le radicalisme et l’humanisme :

Pour lui le progrès et l’homme étaient indissociables dans tout projet de société.

Il savait écouter les Français pour relayer leurs difficultés et proposer des solutions.

Il a su protéger le radicalisme des menaces que la bipolarisation de la vie politique française voulue par la Vème République faisait peser sur son existence même.

Il a su affirmer la singularité radicale sans jamais renoncer à nos convictions et à notre fierté.

Il a su s’entourer de jeunes pousses pour préparer l’avenir de notre famille politique comme Jean Rigal et tant d’autres.

C’est aussi à cela que l’on reconnait les grands radicaux.

Ce n’est d’ailleurs pas le fait du hasard si Robert Fabre propose dans le cadre du programme commun l’abaissement de l’âge de la majorité. A cette époque, le Bureau national du MRG était le plus jeune comparé aux autres formations.

L’héritage de Robert Fabre est donc le nôtre et si le radicalisme est ce qu’il est aujourd’hui nous le lui devons.

Et si je m’exprime aujourd’hui en tant que Présidente du PRG, je sais ce que je dois à mes illustres prédécesseurs, c’est à la fois un grand honneur, une immense fierté mais aussi, j’en ai bien conscience, une responsabilité considérable.

En définitive, Robert Fabre a su moderniser de manière audacieuse et pragmatique le radicalisme pour en faire le parti de la raison et de la liberté.

Alors pour Robert Fabre et pour honorer sa mémoire nous resterons fidèles à nos territoires, nous resterons fidèles aux valeurs du radicalisme, pour faire vivre notre devise de liberté, d’égalité, de fraternité, et bien sûr de Laïcité dans notre pays ;

Nous nous battrons toujours, comme Robert Fabre, pour la République, pour la France et pour l’Europe !

Il nous appartient désormais de poursuivre tous ses combats ! »

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  • Retrouvez également ci dessous l’article de Samuel Deguara :

Robert FABRE, une grande figure du radicalisme

sous la Vème République

par Samuel DEGUARA,

auteur de Robert FABRE. Un radical sous la Vème République, éditions L’Harmattan, collection « Logiques historiques », Paris, 2003.

 

Le 14 septembre 1977 est resté dans l’Histoire politique de notre pays comme le jour où Robert Fabre, député-maire de Villefranche-de-Rouergue, Président du Mouvement des Radicaux de gauche et à ce titre signataire du programme commun de l’Union de la gauche depuis 1972, bouscule Georges Marchais, Secrétaire général du puissant Parti Communiste, lui prend le micro des mains et, en direct au journal télévisé du soir devant des millions de téléspectateurs subjugués, annonce l’échec de la réactualisation du programme commun après des heures d’âpres négociations. Ce coup d’éclat de l’homme politique aveyronnais fera couler beaucoup d’encre, et nombreux seront les commentaires des observateurs politiques de l’époque, aussi bien sur les motivations que sur les conséquences de l’acte politico-médiatique de Robert Fabre : préméditation ?, complot avec les socialistes ?, geste spontané pour faire entendre sa vérité et la position des Radicaux ?, simple désaccord sur le contenu du programme ?, rupture ou simple crise de l’Union ? Et même si bien des interrogations demeurent, le recul historique nécessaire permet d’affirmer qu’il n’est pas possible de parler de « rupture » de l’Union de la gauche le 14 septembre 1977, et ce même si dans la mémoire collective le geste de Robert Fabre reste et restera encore longtemps comme le symbole de celle-ci.

En 1997, soit vingt ans après cet «évènement politique», j’ai eu la chance et le plaisir de rencontrer Robert Fabre à son domicile villefranchois pour une série d’entretiens dans le cadre d’un travail de recherche qui avait pour thème la « carrière-trajectoire politique » de l’illustre radical aveyronnais. Il avait quitté depuis deux ans les dorures républicaines du Conseil constitutionnel et vivait retiré dans son Rouergue natal d’où il observait d’un œil averti les premières semaines au pouvoir de « la gauche plurielle ». Il m’apparut tout à la fois surpris et heureux qu’un étudiant Aveyronnais s’intéresse à son parcours et à son rôle dans la vie politique française. Et à mon tour je fus surpris, dès nos premiers échanges, par la précision de ses souvenirs et la facilité avec laquelle il me les confiait dans leurs moindres détails. Désormais libéré de toutes ses obligations et sans la moindre charge publique, il semblait avoir envie (peut-être besoin ?) de parler, de raconter, de témoigner. Sa parole était libre, ce n’était pas celle contenue, réfléchie et souvent calculée des acteurs politiques, mais plutôt celle du simple citoyen qu’il était redevenu après plus de quarante ans de responsabilités. Peut-être y voyait-il aussi l’occasion de revenir sur son passé politique que l’on a si souvent réduit à cette seule image télévisée du 14 septembre 1977, laquelle avait fini par masquer l’avant et l’après d’une trajectoire politique parmi les plus originales et les plus méconnues de la Vème  République ?

L’itinéraire politique de Robert Fabre est d’abord et avant tout celui d’un Radical dans une période où le radicalisme politique et le grand Parti radical seront les premières victimes de la bipolarisation gauche/droite imposée par les nouvelles règles du jeu politique et institutionnel de l’après 1958. L’étude de la trajectoire politique de Robert Fabre rend ainsi compte du « malaise radical » et de la difficulté à exister pour les radicaux sous la Vème République. Sa profonde culture radicale et humaniste du dialogue, de l’indépendance et du pragmatisme l’amènera à rencontrer et à s’associer à des hommes politiques « classés » aussi bien à droite qu’à gauche. Or, dans une configuration politique où le manichéisme du clivage gauche/droite domine bien plus fortement encore qu’aujourd’hui, il n’échappera pas aux accusations de « trahison » et de « ralliement ». Le notable radical de Villefranche-de-Rouergue qui aurait été si à l’aise sous les IIIème  et IVème  Républiques ne parviendra pas à s’accommoder du trop réducteur clivage qui caractérise notre vie politique depuis 1958 et plus encore depuis 1962, et qui l’obligera d’ailleurs à choisir un camp en donnant naissance au Mouvement des Radicaux… de gauche.

A son entrée en politique Robert Fabre dispose de toutes les ressources du notable de province : d’une part, héritage politique de son grand-père Marcelin Fabre qui fut conseiller municipal puis maire de la « Perle du Rouergue » entre 1884 et 1904 ; héritage social et économique, d’autre part, avec la pharmacie puisqu’il sera pharmacien comme son père et avant lui son grand-père : la « pharmacie Fabre » deviendra d’ailleurs une institution villefranchoise où les administrés n’hésiteront pas à venir trouver Monsieur le Maire.

Robert Fabre obtient son premier mandat à l’âge de 37 ans lorsqu’il est élu maire de Villefranche-de-Rouergue en 1953, il le restera jusqu’en 1983. Deux ans plus tard il devient conseiller général en succédant à Roger Cavaignac, il conservera ce mandat jusqu’en 1979. En 1958 il refuse de se porter candidat aux élections législatives face à Paul Ramadier, maire de Decazeville, député SFIO sortant et grande figure de la IVème République, pour lequel il a le plus grand respect. En 1961, et alors qu’il a adhéré au Parti radical en 1959, il échoue logiquement aux sénatoriales dans un département à majorité conservatrice, ce sera sa seule et unique défaite électorale. Il lui faut donc attendre 1962 pour faire son entrée à l’Assemblée nationale comme député de la deuxième circonscription de l’Aveyron, sans cesse réélu jusqu’à sa démission en 1980. Dès lors, son parcours va prendre une dimension nationale, ce sera celui d’un radical qui fait parler de lui au moment même où le radicalisme semble condamné. Aussi, sans entrer dans le détail de son itinéraire, il est intéressant de revenir sur l’originalité des positions occupées par Robert Fabre tout au long d’un parcours atypique, que les observateurs de l’époque ont trop souvent caricaturé et interprété à l’aide du seul clivage gauche-droite. Mais comment appréhender correctement le radicalisme politique à travers le seul prisme des notions de gauche et de droite ?

L’essentiel de la trajectoire politique de Robert Fabre se concentre sur une courte période qui va de 1971 à 1978, celle qui correspond à l’Union de la gauche et à son Programme commun. Aussi peut-on dire que Robert Fabre apparaît véritablement sur le devant de la scène politique suite à une scission (celle du Parti radical en 1971) et qu’il en sort à l’occasion d’une rupture (celle de l’Union de la gauche en 1978). En effet, après avoir refusé en 1971 la « dérive droitière » du Parti radical nouvellement conquis par Jean-Jacques Servan-Schreiber, il refuse en 1978 la « dérive collectiviste » que tente d’imposer à la gauche unie le Parti communiste de Georges Marchais, entre-temps il est celui qui aura inscrit le radicalisme dans la gauche française.

Durant cette période, le MRG qu’il préside ne dispose pas d’une réelle autonomie au côté des socialistes et des communistes. Aussi, « le troisième homme de l’Union de la Gauche » n’aura-t-il de cesse de vouloir marquer de « l’empreinte radicale » le Programme commun, signé le 12 juillet 1972 et dans lequel la contribution radicale se limite alors à une Annexe puisque le texte programmatique a été négocié entre socialistes et communistes et sans les radicaux puisque Robert Fabre et ses amis tentaient encore de reprendre le contrôle du Parti radical en organisant l’opposition interne à la « ligne schreibérienne ». Dès les débuts de l’Union de la gauche les Radicaux sont trop dépendants (surtout électoralement) des socialistes de François Mitterrand avec lesquels ils partagent sans difficulté les combats parlementaires contre le gaullisme et le « conservatisme pompidolien » au pouvoir. Mais, progressivement les Radicaux se sentent de plus en plus mal à l’aise dans cette gauche unie qui ne laisse que trop peu d’espace à leur identité, malgré les combats électoraux communs de 1973 et 1974 où l’Union fonctionne à plein. Le MRG aspire à devenir un partenaire à part entière des socialistes et des communistes, quand au même moment Valéry Giscard d’Estaing, devenu président de la République en 1974, recherche une troisième voie entre socialisme et libéralisme pour « gouverner au centre ». On comprend alors que les Radicaux vont constituer un enjeu prioritaire pour le Président de la République, à la fois pour servir sa stratégie centriste mais aussi pour affaiblir une gauche qui semble en mesure de remporter les élections législatives de 1978. Le « malaise radical » va alors s’exprimer avec force : comment exister dans un système dualiste où le radicalisme se situe des deux côtés de la fracture ? Cherchant à profiter de cette nouvelle donne, l’originalité de Robert Fabre résidera dans une attitude politique de plus en plus en décalage avec les usages politiques du moment, dans la mesure où il tentera, fidèle en cela à ses convictions, de s’extraire de la bipolarisation pour exprimer au maximum son radicalisme : pourquoi s’opposer systématiquement sous prétexte qu’on appartient à l’opposition ?

Avec le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, Robert Fabre cherche (en même temps qu’il y est poussé par certaines « amitiés radicales ») à accommoder ses valeurs radicales à la nouvelle situation politique  et entend faire exister le radicalisme sous la Vème République. C’est ainsi qu’après le départ du MRG du sénateur Henri Caillavet qui lui reproche des critiques trop systématiques vis-à-vis du nouveau pouvoir, il demande à être reçu par le Président de la République et devient ainsi le premier dirigeant de l’opposition à se rendre à l’Elysée pour un entretien avec le chef de l’Etat et de la majorité (coup d’éclat du 30 septembre 1975). Toujours pour rester fidèles aux valeurs radicales, il est celui qui claque la porte des négociations sur l’actualisation du programme commun marquant ainsi de façon spectaculaire son désaccord avec la surenchère communiste (coup d’éclat 14 septembre 1977). Mais, alors qu’il veut tirer le signal d’alarme, Robert Fabre accélère le processus de rupture initié et, on le sait maintenant, recherché par les communistes. Enfin, avec le troisième coup d’éclat, celui du 19 mars 1978, au soir du second tour des législatives, depuis sa mairie de Villefranche et à nouveau en direct à la télévision, il prend de vitesse ses partenaires socialistes et communistes et annonce le premier la fin de l’Union de la gauche. En voulant ainsi rester fidèle au radicalisme dont il n’a cessé de se réclamer, Robert Fabre endossera pour longtemps l’habit du « traître » au combat de la gauche dans sa conquête du pouvoir. C’est pourquoi, il fera les frais de la bipolarisation et sera poussé vers la sortie d’un jeu politique inadapté à son radicalisme.

Après avoir quitté la présidence du MRG en mai 1978 au Congrès de Paris qui voit l’élection de Michel Crépeau et après avoir été contraint de rejoindre les bancs des non-inscrits à l’Assemblée nationale, il est exclu du MRG en septembre 1978 pour avoir accepté une « mission sur le thème de l’emploi » qui lui est confiée par le Président de la République. Il entame ainsi son retrait de la vie politique nationale, lequel sera définitif en 1980. Il va alors successivement occuper deux positions institutionnelles importantes où il pourra mettre en actes son radicalisme, désigné une première fois par « la droite » et une seconde fois par « la gauche » (ce qui est alors totalement inédit sous la Vème République) : Médiateur de la République (1980-1986) nommé par le président Valéry Giscard d’Estaing, puis membre du Conseil Constitutionnel (1986-1995) nommé par le président socialiste de l’Assemblée nationale Louis Mermaz mais assurément choisi par François Mitterrand. Pour Robert Fabre cette dernière nomination doit s’interpréter comme un signal politique adressé par le président Mitterrand pour dire qu’il lui était reconnaissant pour les années passées ensemble dans le combat de l’Union de la gauche, et plus encore pour signifier qu’il ne l’a jamais considéré comme un traître. Cette nomination aura valeur de réhabilitation pour cet humaniste, homme de dialogue, esprit libre et indépendant, préférant le débat au combat : un véritable radical ! Réhabilité ensuite par sa famille politique qui le fera président d’Honneur du PRG.

Malgré la diversité des positions et des fonctions qu’il a occupées, celui que les journalistes parisiens avaient surnommé «le pharmacien de Villefranche-de-Rouergue » n’a jamais été ministre, à la différence de bien des présidents des formations radicales. Trop à gauche et « classé dans l’opposition » selon sa propre expression, il ne pouvait entrer dans un gouvernement du septennat de Valéry Giscard d’Estaing malgré une proximité philosophique certaine entre les deux hommes. Puis, retiré de la vie politique mais plus encore stigmatisé par ses trois coups d’éclat (qui sont autant de coups médiatiques) et sa nomination récente comme Médiateur de la République par Giscard, son entrée dans un gouvernement du premier septennat de François Mitterrand n’est pas même envisageable malgré les combats et les affinités partagées par les deux anciens signataires du Programme commun. C’est ainsi qu’il a souvent été reproché (non sans céder au biais d’une lecture rétrospective de l’Histoire) à Robert Fabre de ne pas avoir su attendre : si son radicalisme ne l’avait pas poussé dès 1975 à ouvrir le dialogue avec Giscard d’Estaing et s’il n’avait pas annoncé son retrait de l’Union de la gauche, n’aurait-il pas alors figuré en bonne place parmi les ministres du premier gouvernement de la gauche sous la Vème République ?

En voulant s’affranchir de la bipolarisation et en refusant le cloisonnement dans lequel celle-ci l’enfermait, le radical Robert Fabre, homme de convictions et de responsabilités, aura joué un rôle majeur dans le long processus inachevé de modernisation et de « décrispation » de la vie politique française.

 

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